Les Soeurs de la Charité de Saint-Louis (1943-1967)

Pendant 24 ans, les Sœurs de la Charité de Saint-Louis ont assuré l’éducation des jeunes de la paroisse, répondant à la demande du curé Joseph-Damasse Rouleau (1932-1944). Déjà présentes à Pont-Rouge, elles ont consigné dans le livre  « Annales de la communauté à Ste-Catherine 1943 à 1967 » un récit de leur action éducative. Leur présence à Ste-Catherine s’est malheureusement terminée brusquement.

Un début sans couvent

Les Sœurs arrivent dans la paroisse le 8 septembre 1943. De nombreux paroissiens se joignent aux enfants pour les accueillir. Le maire Joseph-Charles Drolet (1937-1945) souhaite la bienvenue à la Révérante mère Marie-de-Nazareth, Provinciale, mère St-Vincent-de-Paul, supérieure du Couvent de Bienville, et aux religieuses sœur Dominique-du-Rosaire, supérieur, sœur Marie Constance et Sœur Louis-Eugène comme enseignante et sœur Cécile-de-la-Trinité, cuisinière. Une élève exprima, au nom de ses compagnes et de ses compagnons, la joie qu’ils éprouvaient de voir les religieuses prendre la direction des classes.

Dès le lendemain, 84 garçons et filles sont dans l’école modèle le temps qu’un nouveau couvent soit construit. Cette école construite au début du siècle est désuète et les religieuses la décrivent comme une « cambuse » qui nous rotit l’été et nous fait grelotter l’hiver.

Cependant, le nouveau couvent tarde à être construit. Des incidents de toutes sortes, des malentendus entre les diverses autorités ont retardé la construction de la nouvelle bâtisse. Elles vont menacer de partir si les travaux ne débutent pas. Pour la rentrée de 1946, il manque une classe. Les élèves de 1re et 2e année avec Sœur Françoise-d’Assise, ceux de 5e et 6 avec sœur Albert-de-Rome et ceux de 7e, 8e et 9e année de mère Dominique-du-Rosaire sont dans l’école modèle, mais ceux de 3e et 4e de Madame Régine Lévesque auront les cours dans le haut de la forge de Jean-Baptiste Hamel. Mais surprise, à la mi-septembre, les pelles mécaniques commencent les fondations du nouveau collège.

Le déménagement

Le 6 février 1947, les religieuses déménagent dans le nouveau couvent. C’est au cours de l’été que les ouvriers finissent de poser la brique. Les moustiquaires sont installées que tard en automne.

1er août 1947: Un petit poêle électrique vient augmenter le nombre de nos maigres ustensiles de cuisine. le 26 août, M. Paul Garneau, avec l’aide de paroissiens, organise une vente de charité pour aménager la petite chapelle (ornements, vases sacrés, tentures, linges liturgiques, autel, etc., bénite le 28 mars 1948 par le curé Louis-René Dionne (1944-1954). Le bois pour l’autel et pour les meubles sont une gracieuseté de l’École forestière de Duchesnay.

En juillet 1948, une corvée est organisée pour embellir le terrain autour du couvent plantation d’arbres et arbustes, pelouses grâce à l’école Forestière de Duchesnay et le club 4 h. Un pin d’une valeur de 25,00 $ est planté

Le 17 juillet 1952, M. Donat Gauvin et ses employés commencent les fondations pour l’agrandissement de 4 nouvelles classes et l’ajout d’une galerie dans l’ancienne partie. Les travaux se terminent le 20 octobre 1952.

L’enseignement

Jusqu’en 1949, les sœurs enseignent de la 1re à la 9e année aux garçons et aux filles, mais en septembre 1949, les groupes sont séparés sauf en 1re année. Les matières enseignées sont le catéchisme (la religion), l’histoire, le français, l’arithmétique, la bienséance, l’hygiène, de la littérature, du dessin et des travaux manuels. En 1953, une 10e année est offerte pour répondre à la demande de la commission scolaire. Quelques jours après la rentrée, les classes plus vieilles doivent assister à une retraite sur différents thèmes en lien avec la religion. En septembre 1957, le couvent accueille 150 enfants. En 1962, le Couvent est muni d’un télévox.

Les événements particuliers

Durant l’année scolaire, elles vont organiser différentes activités, dont des expositions missionnaires comprenant des textes, des dessins et 50 poupées habillées en religieuses de différentes congrégations. Lors de la fête patronale, le 25 novembre, un spectacle est présenté aux parents À Noël, il y a un dépouillement de l’arbre. Chaque élève reçoit une petite cloche ou un sabot avec un mot du petit Jésus. Délicatesse des curés, ils offrent une dinde aux religieuses. En février, on souligne le Mardi-Gras ou le Carnaval. La semaine étudiante, les élèves préparent des kiosques sur différents thèmes. La fête des Mères est souvent soulignée par des prestations des élèves.

Pour marquer la fin des classes, des sorties scolaires sont organisées dans les environs grâce à la participation de généreux paroissiens qui défraie les coûts du transport, dont des pique-niques au Lac-St-Joseph, au mont St-Sacrement, à Beaumont, à Lotbinière, à St-Côme, Ste-Anne-de-Beaupré, au Cap-de-la-Madeleine. En 1965, la commission scolaire offre aux élèves un voyage Jardin zoologique de Charlesbourg pour remplacer les prix traditionnels et, en 1966, à l’aquarium de Sainte-Foy.

Durant l’été, les religieuses en profitent pour parfaire leurs formations ou de l’aide dans les autres couvents de la communauté. À l’occasion, des paroissiens accueillent les religieuses à leurs chalets pour une journée de plein air.

Les frictions débutent

À partir de 1963, de grands changements bouleversent la vie des religieuses. Dans un premier temps, Rosaire Jobin est nommé directeur des trois écoles du village (Couvent, Petit Collège et Grand Collège (école Jacques-Cartier).    Il profite des vacances des religieuses pour enlever le téléfox du Couvent pour l’installer dans le Grand Collège. Il change aussi le mobilier neuf pour des pièces plus anciennes.

Lors de la rentrée de 1966, toutes les enseignantes et religieuses sont convoquées par le directeur pour une réunion au collège. Dorénavant, les professeurs devront se tutoyer entre eux même, avec le directeur et les religieuses. Il instaure aussi une pause-café, tous les jours. Ces deux dernières décisions ne sourient pas beaucoup aux personnels religieux. Les religieuses feront la pause que deux fois par semaine.

En juin 1967, deux personnes viennent enquêter sur le travail du directeur et sa manière de faire. De plus, ils expriment le désir de prendre le bureau de mère Supérieure pour secrétariat de la commission scolaire. Le 24 juin, Mère Supérieur fait part au Conseil provincial du désir de la Commission scolaire de prendre le bureau. Les responsables de la communauté laissent entendre que les sœurs quitteront probablement Ste-Catherine.

C’est la fin

Les Sœurs reprochent à M. Jobin de « ne pas s’occuper de ses classes ». Les religieuses soulèvent « l’ambiance défavorable pour le bien des enfants, car nous avons toujours des commandements et décisions, sans au préalable, avoir été discutés par les professeurs ». Elles déplorent son manque de collaboration. Le 3 juillet 1967, les religieuses publient une lettre dans le feuillet paroissial annonçant le départ.

Une délégation de parents avec à sa tête M. Ligori Drolet, président de la commission scolaire, se rendre rencontrer le Conseil provincial. Une pétition est lancée où 99 % des paroissiens ont signé. La démarche ne changera pas la position. « Trop de faits survenus depuis cinq ans ne font qu’affermir leur décision ».  

Dans la lettre publiée dans le feuillet, on explique les raisons du départ de Sainte-Catherine. On mentionne que plusieurs religieuses sont malades, qu’il y a une baisse de la relève, que les études des religieuses ont été interrompues, ainsi que d’autres facteurs. Mère Marie-de-la-Nativité, supérieure du couvent, souhaite avoir des explications sur le dernier élément. Elle a copie d’une lettre envoyée à Rome expliquant la raison du départ « l’ambiance de la direction laïque défavorable au travail des religieuses. »

Durant le mois de juillet, les Sœurs préparent les boîtes pour le grand déménagement. Le 26 juillet, une soirée hommage est organisée par un comité de dame pour souligner le travail des religieuses qui, depuis 1943, ont formé la jeunesse catherinoise. Le tout sous la présidence de Maurice Picard, maire. Joseph Ménard, curé, ainsi que l’abbé Paul-Émile Girard. Le maître de cérémonie Jean-Marc Juneau. En première partie, un mini-concert de la chorale « Eau vive » et prestation d’élèves. Le maire lit une adresse aux religieuses et les remercie du rôle important en éducation et dans la foi chrétienne pour les jeunes de la paroisse pendant 24 ans. Chacune des religieuses reçoit une gerbe de fleurs et un montant de 25,00 $ pour un voyage à l’Exposition universelle de Montréal.

Sœur Jean-du-Bon-Pasteur prend la parole aux noms des religieuses. Elle remercie la population pour le soutien et les efforts et rappelle qu’elles ne partent pas de gaieté de cœur. Le mot de la vie revient au curé Ménard. Il est très peiné de perdre les religieuses. Sans nommer personne, il met le tort sur un manigancieux qui veut mener la paroisse.

Le 29 juillet 1967, après un dîner en compagnie de M. le curé, mère Marie-Hermine quitte définitivement Sainte-Catherine. Les autres religieuses deux jours plus tard.